Les mamelles du destin

Un attentat criminel a détruit une clinique de chirurgie esthétique causant la mort de son directeur et d’une partie du personnel. L’extorsion de fonds, les conflits professionnels ou familiaux, les principaux mobiles paraissent tous devoir être écartés. Le commandant de police, qui a repris l’enquête, fait asseoir la femme en face de lui.

Elle le regarde d’un air pincé. C’est son gendre, un avocat avec une très bonne clientèle, qui lui a conseillé de se rendre à la convocation. Mais qu’a-t-elle à faire ici ?

Il lui demande si elle connait la clinique de feu le docteur Lapointe.

« Elle est assez connue dans le Maine-et-Loire » répond-elle.

Il l’informe qu’il procède à un interrogatoire de routine des personnes qui y ont été opérées.  » Il semblerait que vous y auriez effectué un court séjour  » dit-il, sans préciser qu’il cherche à tester une hypothèse qu’un adjudant, pourtant pas spécialement réputé pour sa subtilité, a suggérée.

Il lui fait confirmer son état civil puis commence à évoquer ses convictions, notamment religieuses.

Elle s’offusque : « en quoi cela le regarde-t-il ? »

Il en convient, et s’enquiert de son emploi du temps la nuit de l’explosion.

Elle lui dit, un alibi imparable au cas où elle en aurait eu besoin, et s’aperçoit qu’il lorgne sur son décolleté. Elle referme un peu son chemisier. Le commandant sourit.

 » Elle avait une très bonne réputation en chirurgie esthétique  » dit-il en louchant sur ce qui reste apparent malgré le reboutonnage.

 » Monsieur l’inspecteur – Commandant, dit le commandant – si vous voulez s’agace-t-elle, je ne vois pas très bien le rapport… Mais, puisque vous insistez je vais vous dire ce que je pense de ce charlatan. Sur la base d’une publicité mensongère, j’étais venue me faire faire de beaux seins en poire. Le résultat n’est pas du tout satisfaisant car – comme vous n’arrêtez pas de les fixer vous avez du vous en apercevoir – ils ressemblent davantage à des pommes « .

Le commandant rougit un peu, soupire, et relève la tête pour la regarder dans les yeux en disant doucement :  « Ce ne serait quand même pas une raison suffisante pour faire sauter la clinique, son directeur et une partie de son personnel…

Elle le coupe : Je n’ai rien fait du tout, j’étais à Paris ce soir là.

Vous auriez proféré des menaces, d’après certains témoins.

 C’est insensé ! J’étais tellement furieuse que j’avoue avoir crié, en sortant, qu’il était un véritable charcutier, tout juste bon à réaliser des avortements clandestins. Mais jamais je n’aurais songé à exercer la moindre violence physique à son égard. Et je ne me serais pas ridiculisée à lui faire un procès. Vous me voyez désolée de son décès « .

Le commissaire, accablé, secoue tristement la tête.

L’adjudant avait raison. Ce sont bien des militants anti IVG qui ont fait sauter la clinique. Il vient de comprendre qu’il a suffi que l’un(e) d’entre eux passe à ce moment là, et entende ces paroles pour décider de plastiquer la clinique.

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